Âge et fertilité féminine : les vrais chiffres, et ce que l'AMH dit vraiment

L’âge reste le premier facteur de fertilité. Voici les chiffres réels par âge, ce que l’AMH mesure vraiment, et vos options en France.

1. Quantité et qualité des ovocytes

Avec l’âge, deux choses diminuent : le nombre d’ovocytes restants (la réserve ovarienne) et leur qualité, en particulier leur équilibre chromosomique. Les tests de réserve comme l’AMH renseignent sur la quantité, pas sur la qualité.[1]

2. Les chiffres par âge

Chances de grossesse spontanée par cycle (Agence de la biomédecine)[2]

Âge de la femme25 ans35 ans40 ans
Chances par cycle25 %12 %6 %

Risque de fausse couche (grossesse arrêtée) selon l’âge (421 201 grossesses, registre norvégien)[3]

Âge25-29 ans30-34 ans35-39 ans40-44 ans45 ans et plus
Risque de fausse couche9,8 %10,8 %16,7 %33,2 %53,6 %

Anomalies chromosomiques de l’embryon : dans une série de plus de 15 000 embryons analysés, le risque le plus bas se situait entre 26 et 30 ans. Il atteignait environ 85 % à partir de 43 ans.[4] C’est la principale raison de la baisse des chances et de la hausse des fausses couches avec l’âge.

Selon l’Inserm, la fertilité féminine est maximale entre 18 et 31 ans, et la moitié des femmes ne peuvent plus concevoir au-delà de 40 ans.[5]

3. L’AMH : ce qu’elle mesure et ce qu’elle ne mesure pas

L’AMH (hormone anti-müllérienne) est un dosage sanguin qui reflète le nombre de follicules présents dans les ovaires.

  • Ce qu’elle prédit bien : le nombre d’ovocytes qu’on pourra recueillir lors d’une stimulation en FIV.[1]
  • Ce qu’elle ne prédit pas : vos chances de grossesse naturelle.[1] Dans une étude publiée dans le JAMA, des femmes de 30 à 44 ans avec une AMH basse n’avaient pas moins de chances de concevoir sur 6 à 12 mois que celles avec une AMH normale.[6]
  • Une AMH très basse ne ferme pas la porte : selon l’ASRM, elle ne doit pas à elle seule faire refuser une FIV.[1]

Les recommandations françaises prévoient le dosage de l’AMH avant une prise en charge en AMP.[7] L’ASRM déconseille de l’utiliser comme test de dépistage chez des femmes qui n’ont pas de difficulté à concevoir.[11] Faites interpréter votre résultat par un spécialiste : les valeurs de référence varient selon l’âge et le laboratoire.

4. Idées reçues

« À 35 ans, c’est fini. »
Non. Les chances par cycle sont d’environ 12 % à 35 ans, contre 25 % à 25 ans.[2] Elles baissent, mais restent réelles. À partir de 35 ans, en revanche, consultez après 6 mois d’essais.[7]

« Mon amie a eu un bébé à 44 ans, j’ai le temps. »
C’est possible, mais rare. Après 45 ans, plus d’une grossesse sur deux se termine par une fausse couche.[3]

« Mon AMH est basse, je ne pourrai pas être enceinte naturellement. »
L’AMH ne prédit pas la fertilité naturelle.[6] L’âge reste le facteur principal.

« La FIV compense l’âge. »
Non. La réussite de l’AMP dépend avant tout de l’âge de la femme.[2]

5. Vos options en France selon l’âge

  • Congeler ses ovocytes sans raison médicale : possible entre le 29e et le 37e anniversaire (âge au moment du prélèvement). Les ovocytes peuvent être utilisés jusqu’au 45e anniversaire. Le prélèvement est pris en charge. La conservation ne l’est pas (environ 40,50 € par an).[8]
  • AMP avec vos propres ovocytes : prélèvement possible jusqu’à 43 ans, AMP jusqu’à 45 ans, prise en charge à 100 % dans la limite de 4 FIV.[9]
  • Don d’ovocytes : une option à discuter avec un centre quand la réserve ou la qualité ovocytaire ne permettent plus d’espérer une grossesse avec vos propres ovocytes.
  • Ce qui n’existe pas en France : le tri des embryons selon leurs chromosomes (DPI-A). Le DPI est réservé aux maladies génétiques graves identifiées dans la famille.[10]

6. Quand agir

SituationRecommandation
Moins de 35 ansConsulter après 12 mois d’essais[7]
35 à 40 ansConsulter après 6 mois d’essais[7]
Plus de 40 ansÉvaluation et prise en charge plus rapides[11]
Pas de projet immédiat, entre 29 et 37 ansS’informer sur l’autoconservation des ovocytes[8]

Pour la suite : quelles analyses faire et PMA ou essai naturel.

À retenir
L’âge est le premier facteur de fertilité, parce qu’il agit sur la qualité chromosomique des ovocytes. L’AMH mesure la quantité, pas vos chances naturelles. À 35 ans, rien n’est perdu, mais le délai avant de consulter se raccourcit. Après 40 ans, agissez sans attendre.

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Cet article informe et ne remplace pas une consultation médicale.

Sources

  1. Testing and interpreting measures of ovarian reserve: a committee opinion (2020). ASRM.
  2. Quel est le taux de réussite / d’échec de l’AMP ? Agence de la biomédecine, janvier 2025.
  3. Magnus M.C. et al. Role of maternal age and pregnancy history in risk of miscarriage: prospective register based study. BMJ, 2019;364:l869.
  4. Franasiak J.M. et al. The nature of aneuploidy with increasing age of the female partner: a review of 15,169 consecutive trophectoderm biopsies. Fertility and Sterility, 2014;101(3):656-663.
  5. Infertilité — Dossier d’information. Inserm.
  6. Steiner A.Z. et al. Association between biomarkers of ovarian reserve and infertility among older women of reproductive age. JAMA, 2017;318(14):1367-1376.
  7. Sonigo C. et al. Prise en charge de première intention du couple infertile : mise à jour des RPC 2010 du CNGOF. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2024.
  8. L’autoconservation des gamètes. Santé.fr (ministère de la Santé).
  9. Prise en charge de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Assurance Maladie (ameli.fr).
  10. Arrêté du 18 juin 2024 relatif aux recommandations de bonnes pratiques en matière de diagnostic préimplantatoire. Légifrance.
  11. Fertility evaluation of infertile women: a committee opinion (2021). ASRM.

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